La mer Méditerranée : un espace majeur et dangereux des migrations vers l'Europe
Un espace migratoire majeur
- La mer Méditerranée est une interface importante située entre trois continents : l'Europe, l'Afrique et l'Asie.
- C'est un bassin migratoire régional.
- Il existe des grandes routes migratoires vers l'Europe qui la traversent.
Des routes particulièrement dangereuses
- La route migratoire maritime de la Méditerranée centrale (entre la Libye et l'Italie) est considérée comme la route migratoire la plus meurtrière au monde.
- Des milliers de personnes tentent la traversée chaque année sur des embarcations précaires, impropres à la navigation et surchargées. Ces bateaux sont souvent faits de bois ou de métal et inadaptés aux trajets en mer.
- Elles fuient des situations insoutenables dans leur pays d'origine ou sur la route migratoire, souvent décrites comme "l'enfer libyen".
- La grande distance qui sépare les côtes de la Libye et celles de l'Italie (300 à 400 km) contribue à cette mortalité importante.
- Beaucoup de migrants ne savent pas nager, rendant chaque manœuvre critique.
Un bilan humain très lourd
- La Méditerranée est la route migratoire maritime la plus mortelle au monde.
- Plus de 24 613 personnes ont péri ou disparu en Méditerranée centrale depuis 2014 ;
- 74,6 % des décès en Méditerranée depuis 2014 se sont produits sur la route de la Méditerranée centrale.
- En 2024, plus de 2 200 personnes sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée, dont près de 1 700 sur la seule route de la Méditerranée centrale.
- En 2021, 1 553 personnes ont perdu la vie en Méditerranée centrale, soit une augmentation de plus de 50 % par rapport à 2020, inversant la tendance à la baisse des années précédentes.
- En 2019, la Méditerranée centrale a enregistré la majorité des décès en mer (1 262 sur 1 885), avec un taux de mortalité de 4,78 %, en hausse par rapport à 2018.
- Le nombre record de décès de migrants a commencé à diminuer en 2017, en partie grâce à la coopération entre l’UE, la Turquie et la Libye, mais fermer les itinéraires moins dangereux peut pousser les migrants vers des routes plus longues et plus risquées, augmentant ainsi la probabilité de périr en mer.
Les principaux espaces concernés (d'après la carte)
- Points de départ : Tripoli, Tunis. (D'autres départs ont lieu depuis la Tunisie, et une recrudescence des départs depuis la Tunisie a été notée en septembre 2023.)
- Points d'arrivée : Lampedusa, îles grecques.
- Espaces de transit majeurs : Libye, Maroc. La Libye est particulièrement mentionnée comme un espace de transit chaotique et dangereux.
- Zones de naufrages fréquents : identifiées sur la carte.
Les acteurs et les politiques de contrôle et de sauvetage
- Les garde-côtes libyens interceptent les migrants en mer, souvent dans les eaux territoriales libyennes ou internationales.
- En 2024, près de 22 000 migrants ont été interceptés par les garde-côtes libyens. Ce chiffre est supérieur à 2023 mais inférieur à 2022.
- La grande majorité des migrants ramenés en Libye se retrouvent en prison.
- Depuis un accord en 2017 signé entre Tripoli et Rome et soutenu par Bruxelles, l'UE confie aux autorités libyennes la coordination des sauvetages près de leurs côtes, avec pour objectif d'endiguer les flux vers l'Europe. L'Italie équipe et forme les Libyens pour cette mission. L'UE a affecté des fonds (200 millions d'euros) à la Libye pour financer, former et équiper les garde-côtes, dans une politique de "réexternalisation" de la question migratoire.
- Cependant, la Libye ne peut en aucun cas être considérée comme un "lieu sûr" où les migrants seraient en sécurité et où leurs droits seraient respectés, en contradiction avec le droit maritime et humanitaire international.
- Les politiques européennes ont évolué, passant d'une opération de sauvetage par l'Italie (Mare Nostrum, 2013-2014, qui a sauvé plus de 150 000 vies) à des opérations centrées sur le contrôle des frontières (Triton).
- La fermeture des ports italiens en 2018 a marqué une période de blocage des navires de sauvetage. Les navires d'ONG ont été bloqués des jours, voire des semaines, attendant un port sûr.
- La pandémie de Covid-19 en 2020 a entraîné la fermeture de ports et une suspension des activités des ONG, transformant la Méditerranée centrale en un "trou noir" avec des tragédies.
- Des décrets italiens (comme le décret Piantedosi en 2023) ont davantage criminalisé les ONG de sauvetage, imposant des amendes et des détentions de navires, contribuant ainsi au manque de secours et à l'augmentation de la mortalité. Ces décrets obligent aussi les navires à se rendre dans des ports très éloignés après un sauvetage, les éloignant de la zone de détresse.
- Les ONG de recherche et de sauvetage, comme SOS Méditerranée (qui opère notamment l'Aquarius puis l'Ocean Viking), jouent un rôle crucial dans le sauvetage en mer. Elles sont composées de volontaires de différentes nationalités. Leur mission est de sauver les migrants en perdition, en partant du principe que "la vie n'a pas de prix". Elles ont sauvé des milliers de personnes (SOS Méditerranée a sauvé plus de 35 000 personnes depuis 2016). Leur action est cependant entravée par les politiques européennes et les autorités libyennes.
- Les migrants secourus par les ONG vivent souvent dans la crainte d'être ramenés en Libye jusqu'à leur débarquement. L'Italie est citée comme le seul pays européen du pourtour méditerranéen les ayant acceptés dans un exemple.
- La coordination des secours en mer a été défaillante.
Les frontières et les contrôles
- La Méditerranée est bordée par des frontières surveillées (ex : Frontex).
- Il existe des obstacles physiques (ex : Ceuta et Melilla).
- Des zones de coopération UE-pays tiers visent à limiter les départs.
En résumé, l'étude de cas de la Méditerranée illustre la complexité et la dangerosité des migrations internationales vers l'Europe, impliquant une diversité d'acteurs (migrants, garde-côtes, États, ONG), des routes maritimes périlleuses et des politiques migratoires qui, en cherchant à freiner les arrivées, contribuent paradoxalement à augmenter la mortalité en mer. C'est un espace où les enjeux humanitaires et géopolitiques se croisent de manière tragique.